Cette thèse présente le corpus NaijaSynCor-Prosody, une ressource innovante qui intègre des annotations phonétiques détaillées dans un corpus syntaxique existant. Chaque token du corpus est associée à des annotations décrivant la hauteur, la durée, l’intensité et d’autres attributs prosodiques de chaque syllabe. Ces annotations incluent notamment des contours prosodiques stylisés produits à l’aide du modèle SLAM 3, développé au cours de cette thèse. Cette fusion de données morphosyntaxiques et prosodiques permet des analyses quantitatives de l’interaction entre intonation et syntaxe dans le Naijá, ou pidgin nigérian. À l’aide de ce corpus, nous étudions la différenciation prosodique des unités lexicales qui remplissent également une fonction grammaticale, par exemple des auxiliaires préverbaux marqueurs de TAM. Les contrastes prosodiques entre usages lexicaux et grammaticaux ne sont pas uniformes selon les éléments, bien que notre corpus révèle deux grandes classes prosodiques d’auxiliaires. Un groupe (dey, go, bin) présente une hauteur faible et une courte durée, tandis que les autres se caractérisent globalement par une hauteur plus élevée et une durée plus longue. Deux d’entre eux, make et no, sont particuliers car ils combinent une hauteur élevée et une faible durée. Une analyse plus approfondie de leurs environnements syntaxiques montre qu’ils ont également des distributions atypiques parmi les auxiliaires. Par ailleurs, plusieurs adverbes annotés présentent une distribution syntaxique analogue à celle des auxiliaires et un profil prosodique similaire aux auxiliaires à haute hauteur et longue durée. Ce travail soulève des questions plus générales sur l’utilisation des annotations prosodiques pour remettre en question les étiquettes morphosyntaxiques existantes. La thèse fournit ainsi à la fois une nouvelle ressource linguistique et un cadre méthodologique pour intégrer l’analyse prosodique dans l’étude syntaxe–prosodie à partir de corpus.