Reviewed by: Récits du corps au Maroc et au Japon ed. by Marc Kober and Khalid Zekri Gaëlle Corvaisier Kober, Marc, et Khalid Zekri, coords. Récits du corps au Maroc et au Japon. Paris: L’Harmattan, 2011. isbn 9782296557208. 200 p. Avec Récits du corps au Maroc et au Japon, Marc Kober et Khalid Zekri posent des questions essentielles pour la littérature francophone contemporaine dans un contexte postcolonial volontairement décentré d’une hégémonie culturelle occidentale, ici européenne. L’un des postulats de cet ouvrage, produit du Centre d’Étude des Nouveaux Espaces Littéraires de l’Université Paris 13 à Villetaneuse en France, est d’observer, de voir et de donner à voir (et à lire) un corps “oriental” afin de le distinguer des habitus nationaux voire régionaux. Par une volonté d’analyse polysémique prudente se déjouant, dans la mesure du possible, d’un européocentrisme prégnant, les auteurs de cet ouvrage questionnent la validité d’une démarche comparatiste entre aires proche-orientale et extrême-orientale aux précédents limités. La révélation d’un corps oriental comme dénominateur commun à un corpus littéraire et visuel (photographie, cinéma, bande dessinée) ne sera néanmoins pas de mise. Il est plutôt question d’analyser comment une réflexion historique, socio-culturelle, politique, religieuse et identitaire affecte, marque et montre des corps hybrides dans une aire culturelle plus globale. Les corps inscrits dans un corpus maroco-japonais ont-ils la possibilité de se parler et de se voir? Qu’ont-ils en commun? Y a-t-il un regard extraeuropéen sur les représentations du corps comme “objet social, historique ou psychanalytique” (7)? En quoi ce regard affecterait-il le travail introspectif et représentatif de l’artiste? Et s’il n’y avait pas de corps oriental à proprement parler, pourrait-on parler de corps (ou de corpus) national? L’existence de rituels similaires (les bains et le hammam; la honte d’être vu nu et la hchouma par exemple) permettrait-elle de concilier des visions du corps féminin intrinsèquement [End Page 217] différentes entre monde arabo-islamique, où son existence en changement est codifiée par la collectivité masculine et religieuse, et espace japonais mythique, religieux et fantastique dans lequel le corps féminin nu (parfois dénué d’érotisme) est omniprésent pour un lecteur occidental qui le quête? L’hétéronormativité fausserait-elle l’impact de la littérature féminine et de la littérature “queer” en les (re)présentant en tant qu’objets marginaux mettant à mal le principe d’appartenance identitaire unique? Comment aborder un corps militaire (principalement masculin) dont l’identité est à jamais marquée par une défaite brutale, et qui personnifie la souffrance de l’échec dans un monde postnucléaire? Et comment envisager le corps corporatif de l’ouvrier et de l’employé qui souffre d’un malaise identitaire dans le Japon des années 1960 et 1970 où modernisation rime avec nouvelle représentation et rejet des traditions? Le corps, cet “objet sémiologique” (15) est un lieu d’enjeux vitaux. C’est un élément perturbateur et perturbé, symptôme de son époque. Il personnifie l’implosion du corps social, il contredit les normes d’hier, il réécrit celles de demain. Il est vu à travers la lunette identitaire, historique et socio-culturelle de celui qui voit d’une manière qui n’est pas sans rappeler l’œuvre visuelle Étant donnés 1e la chute d’eau, 2e le gaz d’éclairage de Marcel Duchamp. Il emprunte à d’autres formats culturels afin d’assurer la survie de son message face à la censure. Il défie les définitions en offrant d’autres mots au champ lexical vernaculaire. Il explore et/ou déjoue les espaces physiologiques dans lesquels il est confiné pour poétiser sur une quête identitaire ambivalente dans laquelle “je est autre” selon la formule consacrée d’Arthur Rimbaud dans sa lettre à Paul Demeny datée du 15 mai 1871. En revisitant de nombreux textes dont des textes mythologiques et...